La Sécurité Emploi Formation (SEF) un vrai projet de société
La Sécurité Emploi Formation en 5 points
C’est un projet de société qui donne sens aux luttes et aux différentes revendications (emploi, RTT, développement des services publics, autre production écologique, formation, salaires, qualifications, émancipation, retraite, etc.).
1/ POUR LES PERSONNES : le droit à un emploi dans la sécurité, ou une formation, avec un bon revenu, et à une mobilité librement choisie entre emploi et formation, dans le même emploi ou pour un meilleur ou autre emploi, ou une autre activité, dans un progrès et dans la sécurité.
* Trois principes : sécurité, mobilité, liberté. Le principe de sécurité est fondamental, il s’oppose au principe du chômage et à la précarité fondamentale du marché du travail, maintenue même avec
le chômage partiel.
* Avec la révolution technologique informationnelle et le besoin impératif de changer de mode de développement l’emploi et sa qualité sont la condition de l’efficacité.
2/ LE SYSTÈME sous-jacent : le salaire est payé par l’employeur, le revenu autre (comme l’allocation de formation) est payé sur des cotisations sociales mutualisées. Un fonds spécifique permet aux travailleurs et habitants de conditionner l’utilisation de l’argent des entreprises (profits), des banques (crédit) et l’argent public afin que les investissements matériels et de recherche soient créateurs d’emplois et de formations. Ces investissements porteurs d’emploi sont nécessaires pour permettre de créer efficacement les richesses (salaires, cotisations sociales, etc.) qui vont financer le système et donc conforter les emplois créés, les services publics, développer le temps libre et de formation.
3/ CONSÉQUENCE MAJEURE : une libération de la sujétion au patron et au capital pour avoir un revenu, puisqu’il est sécurisé. Le rapport de force est fondamentalement changé. Mais, cela ne libère pas de la nécessité collective de produire un revenu (assiette de financement du salaire et des autres revenus tels l’allocation de formation) et des richesses réelles de bonne qualité (écologie, santé, ..).
4/ IL FAUT CHANGER profondément le comportement des entreprises et des banques, leur gestion, dominés par le capital, ses coûts, ses pouvoirs, sa logique. Elles doivent suivre de tous autres critères
que la rentabilité financière maximale et le profit − des critères d’efficacité économique, sociale et écologique − c’est-à-dire économiser le capital pour développer les femmes, les hommes et notre niche écologique naturelle, la planète.
* Pour cela il faut des pouvoirs nouveaux des travailleurs, habitants et usagers sur l’utilisation de l’argent par les entreprises et les banques, et sur la gestion des entreprises et services publics,
permettant de les mettre en cohérence avec ce nouveau principe. Des pouvoirs qui soient retirés au capital et à sa logique. Une nouvelle cohérence entre objectifs (SEF + nouvelle production) et moyens, grâce à ces pouvoirs.
* Par de nouvelles institutions politiques, territoriales et nationales. Des conférences permanentes pour l’emploi, la formation et la transformation productive écologique, avec tous les acteurs
économiques, sociaux et des représentants des habitants, où se prennent (a) des engagements de production, d’emploi de formation, par les employeurs et les pouvoirs publics (b) des engagements
de financement par les banques (c) avec incitation et pénalisation (d) suivis démocratiquement.
5/ UNE RÉGULATION NOUVELLE : face à des baisses d’activité, au lieu du chômage et de l’investissement matériel, avec l’emploi comme solde aléatoire, on répondra : sécurité d’emploi, RTT et mises en formation ou recherche (donc développement des services publics) pour de nouvelles et meilleures productions. D’où une nouvelle efficacité et une réduction massive du temps de travail pour
la vie libre et la participation aux activités sociales.
Ce qu’elle est, sa logique, sa portée
LA SEF découle de la réponse aux problèmes posés concrètement.
Nous avançons l’idée d’un système de Sécurité d’Emploi et de Formation.
a- Contexte et sens
La sécurité d’emploi ou de formation est un projet communiste, radical et réaliste. Il a été formulé dès 1996 par l’économiste Paul Boccara, à la suite des grandes batailles de décembre 1995. Il le présente de façon détaillée dans un livre de 2002.
Repris et déformé en tous sens par d’autres, ce projet nécessite une nouvelle appropriation
créative et collective, car elle constitue une proposition communiste centrale et une perspective majeure renforcée par la situation actuelle et à l’appui des luttes.
La SEF c’est l’ambition d’une Sécurité sociale du 21e siècle. Elle n’est pas un simple dispositif d’accompagnement social des licenciements (baptisées « transitions professionnelles » ) par des indemnités et une formation alibi. Il s’agit, au contraire, d’un levier pour agir sur les entreprises et sur l’emploi, et d’une perspective révolutionnaire politique et de société d’une nouvelle conception de l’efficacité, et même de la civilisation, de l’émancipation des femmes et des hommes conjuguant travail et autres activités sociales libres, avec la formation qui se situe entre les deux.
En 2017, elle a fait l’objet d’une proposition de loi élaborée avec André Chassaigne et déposée à l’Assemblée nationale.
Avec la SEF, il s’agit de dépasser le marché du travail dans un processus de lutte à partir des exigences objectives (la réalité) et subjectives (exigences des gens).
C’est, de façon marxiste, un but formulé à partir de ce qu’expriment les luttes.
La SEF: De quoi s’agit-il concrètement ?
Notre ambition est d’éradiquer le chômage et la misère.
Cette visée révolutionnaire demande de répondre à trois besoins :
(1) Besoin de souplesse, pour l’évolution des productions, tout particulièrement la transformation écologique et sociale de notre mode de production
(2) Besoin de sécurité et aspirations sociétales à une vie émancipatrice dans la maîtrise des temps et de la relation entre travail et hors travail
(3) Besoin d’efficacité nouvelle qu’appelle la révolution informationnelle qui met les compétences des salariés, leur créativité en son cœur, et plus généralement rend prioritaires les dépenses de développement des capacités humaines plutôt que l’accumulation du capital financier et matériel.
Eradiquer le chômage, ce n’est pas rien dans le capitalisme. Car les chômeurs sont « l’armée de réserve » utilisée par le capital pour peser sur les cotisations de rémunération des travailleurs en poste et sur leurs conditions de travail. En la supprimant, on retire au patronat une arme de poids contre les travailleurs.
b- Idée de base et caractéristiques
L’idée de base de la SEF est que chacune et chacun se verrait assurer soit un emploi, soit une formation débouchant sur un emploi, un meilleur emploi que le précédent, dans une sécurité de revenu, et un progrès de celui-ci, et une liberté de choix.
On peut relever 10 caractéristiques du projet, qui renvoient à des droits, des libertés et des principes :
1. Sécurité : le droit à la sécurité de revenu et à la maîtrise des sécurités, au lieu de l’insécurité aliénante du marché du travail liée à la fois au chômage, au revenu précaire et au ballotage d’un emploi à l’autre, et même d’un poste à l’autre au gré des restructurations, dans les entreprises, et même dans la fonction publique. Sécurité au contraire de la précarité sauvage dont Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef, avait fait l’éloge. Cette question de la sécurité est fondamentale. La sécurité s’oppose radicalement à précarité et à flexibilité. L’aspiration à la sécurité renvoie au besoin de toute une construction sociale de pouvoirs par des institutions, des règles et des droits personnels et collectifs, des moyens hautement socialisés, un progrès économique, avec la recherche d’une autre efficacité, mais aussi un progrès de civilisation.
2. Mobilité : le droit à la mobilité entre emploi et formation, entre emploi et un emploi différent jugé meilleur. C’est l’idée de la possibilité de dépasser les enfermements et certaines aliénations.
3. Pouvoirs nouveaux face aux marchés financiers : des pouvoirs sur la définition des productions, sur les décisions d’investissements, sur l’organisation du travail, mais aussi en amont sur les décisions de recherches, et bien sûr sur l’utilisation des fonds. Ce sont à la fois des droits et des libertés nouvelles.
4.Liberté nouvelle : une liberté de se former, de se développer soi-même, une liberté de réduction du temps de travail, d’autres activités sociales émancipées du marché du travail, mais en articulation avec celui-ci.
5.Travail nouveau et épanouissement.
6.Levier : un levier d’intervention et d’action sur le couple entreprises-banques.
7.Services publics nouveaux :
Le service public de l’emploi et de la formation (SPEF), viens en appui aux gens et à leur sécurisation (en partant de Pôle emploi, la formation continue, l’inspection du travail, etc.).
Le service public de la monnaie et du crédit, les banques publiques existantes et des banques à nationaliser, doit devenir très important avec celui de la fiscalité sur les entreprises, qu’on pourrait considérer comme un service public de l’action sur les entreprises (y compris le suivi des aides,
etc.).
Le service public de la statistique de la prospective et du suivi économique et social. Le SPEF n’existe pas, en réalité.
8.Dignité et insertion : c’est l’idée de promouvoir l’emploi digne et de qualité pour chacune et chacun, mais aussi de promouvoir les personnes et la capacité à développer son originalité en société commune. En effet, le plein-emploi, notion keynésienne, ce n’est pas l’emploi pour toutes et tous, et l’on ne se préoccupe pas de son contenu, avec une vision standardisée, voire assignée, des travailleuses et travailleurs. La SEF au contraire, c’est une responsabilité pour une égale dignité et pour que chacune et chacun ait un emploi, et progresse : insertion des jeunes, faire reculer le sous-emploi des femmes, avec des temps partiels imposés, etc. Il s’agit de toutes et tous, quel que soit le genre, la génération, l’origine présumée ou assignée, ou encore la différence physique.
9.Démocratie : il s’agit de créer de nouvelles institutions politique : des conférences territoriales, régionales et nationale.
10.On pourrait ajouter la dimension internationale
c- Portée révolutionnaire
La SEF articule émancipation personnelle (notamment par la formation, mais aussi par un travail plus digne et mieux maîtrisé) et contribution à la société, à son développement, par son travail, par la participation à la production, mais aussi par les autres activités créatrices.
Avec la SEF nous posons la question d’un communisme ambitieux et moderne.
La SEF prend au sérieux la possibilité ouverte par la révolution informationnelle que « le libre développement de chacun devienne la condition du libre développement de tous ». En tous cas, d’aller en pratique vers cette définition du communisme par Marx.
La SEF, c’est de nouveaux droits et une nouvelle liberté, dans l’efficacité et grâce à l’efficacité. Il faut insister sur la liberté. Il s’agit de sortir le travail et l’emploi – ainsi que la production – de la domination du capital. Bref, d’engager le dépassement du marché du travail… qui est un marché.
La sécurité s’oppose à la précarité fondamentale du marché du travail capitaliste où tout salarié (y compris de plus en plus les fonctionnaires) est fondamentalement précaire, il peut être licencié.
C’est lié au fait de le réduire à une marchandise, la force de travail, que les employeurs achètent ou non, et peuvent rejeter dans le chômage. Cette précarité serait supprimée. Avec la formation rémunérée et choisie, la SEF s’oppose aussi au maintien des travailleurs dans un statut subalterne, et à l’alternative fermée entre travail et chômage. La SEF s’oppose aussi aux monopoles de pouvoir du capital sur l’organisation du travail, la direction des entreprises les moyens de financement car les travailleurs disposeraient de pouvoirs d’intervention nouveaux dans les
entreprises et de pouvoirs de saisine du crédit bancaire. Paul Boccara considérait même la SEF dans la perspective d’un dépassement du travail lui-même comme « forme historique aliénée des activités créatrices, qui sont le propre des êtres humains, pour des activités sociales de créativité
maîtrisées par chacun ».
d- Fonctionnement
Comment serait assuré le revenu ?
Il faut distinguer le salaire et les autres revenus, comme les allocations formation.
Le salaire c’est la contrepartie monétaire d’un travail prescrit par un employeur, tandis que le revenu qu’on touche c’est plus large que le salaire et cela peut être sans contrepartie. Un revenu qui n’est pas du salaire c’est, par exemple, les allocations formation, les aides sociales qui sont de la redistribution prise sur une production faite par les travailleurs.
Dans toutes les sociétés, les travailleurs produisent plus que ce dont ils ont besoin pour eux, individuellement. Dans le capitalisme, c’est le capital qui a le pouvoir sur ce qu’ils produisent en plus de leurs besoins, la plus-value. Et une grande partie va en profit. Mais dans notre société, qui
est quand même très développée, le capital a dû faire la part du feu et cette valeur supplémentaire est déjà mixte, même si le capital la domine. Ce revenu supplémentaire est mutualisé, pour une part importante, en cotisations sociales ou va aux services publics, etc.
Dans un système de SEF, le salaire serait assuré par l’entreprise ou l’employeur (Etat, collectivité publique, etc.). Le revenu autre serait financé par le nouveau système, notamment à partir de cotisations sociales mutualisées, de nouveaux prélèvements, d’une contribution possible de
l’entreprise et d’éventuelles avances par un fonds de sécurisation de l’emploi et de la formation.
Et encore, pour les fonctionnaires, les modes de gestion avec la mobilité imposée et les restructurations permanentes, comme la récente mise à bas du statut de la fonction publique, tendent précisément à précariser les fonctionnaires et à revenir sur les avancées de sécurité offertes par le statut, y compris avec ses mobilités et moyens de formation. A rebours, il faudrait développer ces deux éléments – sécurité et droit à la formation – avec des mobilités plus ouvertes et mieux maîtrisées.
Le système développe le revenu global produit sur lequel est prélevé le revenu versé. Car la formation améliore l’efficacité et les droits d’intervenir sur les investissements, la production, l’utilisation des fonds permettent de viser cette croissance du bon revenu, au lieu de l’intoxication de la croissance par le profit et le cancer financier.
Il faut bien se rappeler que le revenu global n’est pas un gâteau existant, il faut le produire, pousser son élargissement, même si l’on peut un temps avancer des revenus par la création monétaire en attendant d’avoir produit ce qui a été avancé.
De nouvelles organisations politiques : Le pivot de la mise en œuvre de la SEF commun aux différents chantiers serait l’instauration de conférences régionales permanentes de l’emploi, de la formation et de la transformation productive écologique réunissant des représentants des travailleurs, des élus, des associations, des représentants des entreprises, des services publics de l’emploi et de la formation. Elles fixeraient des objectifs annuels chiffrés d’emplois et de mises en formation, et des objectifs de production répondant aux besoins sociaux et écologiques. Elles débattraient de l’efficacité des politiques d’emploi et des pratiques des entreprises. Elles pourraient saisir un fonds régional pour l’emploi et la formation (FREF) à l’appui de la réalisation des objectifs d’emploi qu’elle se fixe. Le même type de conférence et de fonds serait instauré au niveau national, coordonnant les conférences régionales.
e- Le débat politique
La SEF s’oppose à la flexi-sécurité, objectif majeur de l’UE, laquelle flexi-sécurité a sa version de droite et « de gauche », de Macron à la CFDT. La flexi-sécurité, c’est faciliter les licenciements en contrepartie de petites sécurités très limitées. Les licenciements sont pris comme une donnée qu’il faudrait accepter, puis accompagner plus ou moins, selon son degré de social ou de libéralisme.
De nombreuses voix à EELV sont aussi en faveur de la flexi-sécurité.
La SEF Sécurité emploi formation que nous proposons, n’est pas le CEF capital emploi- formation n’est que le Medef avait présenté par la voix de l’Institut Montaigne lors de la présidentielle de 2017. Chaque salarié aurait un capital argent (non pas heures) qui ouvre un droit à la formation… sans aucune garantie pour lui en emploi, ni contrainte sur les entreprises pour assurer un emploi et un financement. Le montant évalué était non seulement dérisoire (autour de 6 Md€), mais était supposé remplacer d’autres cotisations sociales, voire les primes de licenciement. C’est l’accompagnement des licenciements.
Il faut voir aussi le débat à gauche.
Nous partageons deux objectifs : un revenu pour tous et la possibilité d’un travail pour tous (Ce n’est pas la même chose que tous au travail !! qui ressemblerait gravement au travail
obligatoire…).
Il y a d’abord le « revenu universel » de Benoît Hamon. Nous partageons l’idée d’un revenu pour tous, y compris sa dimension philosophique. Mais avec cette proposition, le revenu est totalement coupé du travail et de l’emploi, cela enferme dans un ghetto qui s’oppose à l’aspiration à la dimension de dignité et d’apport à la société que contient le travail. En outre, on ne se préoccupe
pas de produire le gâteau à partager et encore moins de l’étendre. Ce revenu risque donc,
comme beaucoup l’ont remarqué, d’être surtout un minimum social car on reste dans la pure
répartition de la richesse produite. Et d’ailleurs, la première étape proposée, récupérée en outre
depuis par Macron, consiste en une reconversion-fusion des minimas sociaux existants. Enfin, cette approche partage l’idée d’une fatalité de la baisse du volume d’emplois, de la raréfaction technologique de l’emploi. Et donc elle nourrit l’idée de l’acceptation des licenciements.
De son côté, Jean-Luc Mélenchon a avancé la proposition de « l’Etat employeur en dernier ressort ». C’est l’idée que l’Etat embauchera tous les chômeurs, qui n’auront pas été embauchés autrement. Présentée comme très keynésienne et avec l’apparence de radicalité c’est en réalité
déresponsabiliser totalement les entreprises et le patronat, aussi bien sur les licenciements que sur le volume d’emploi, ou encore sur la qualité des emplois. C’est ce qu’a bien expliqué Denis
Durand dans son article, toujours d’actualité, publié en 2017 sur Médiapart : « Mélenchon, le problème c’est le programme ». En outre, cette proposition, hyper étatique, ne tient pas la route économiquement : d’où l’Etat tirerait les moyens financiers d’embaucher les chômeurs ? et si c’est
par création monétaire, comment produire les richesses correspondant à cette création monétaire? Il faut former, investir. Donc se poser la question des entreprises (leurs critères de gestion et les pouvoirs sur les entreprises) et de la formation, du lien formation emploi. On y revient nécessairement ! Or, l’évolution des activités, la conception de l’efficacité sont des questions politiques majeures qu’on ne peut pas éviter. Mais Jean-Luc Mélenchon a souvent déclaré : « laissons les patrons faire ce qu’ils savent très bien faire : gérer » !…
Un peu dans la même veine, on a la proposition de « salaire à vie » portée par le sociologue Bernard Friot. L’idée est la suivante : un salaire tout la vie, financé par des cotisations sociales, car toute activité est un travail. Sous une apparence simple, c’est un ultra- simplisme. Confondre salaire et revenu revient à dire aux licenciés de l’automobile qui vont toucher une allocation (un revenu) après leur licenciement : « Vous touchez votre allocation, on va dire que c’est un salaire et que votre activité est un travail, et vous toucherez votre allocation toute votre vie. » Dans ces conditions, pourquoi se battre pour un emploi ? Non seulement c’est totalement à côté des luttes et exigences, mais en plus cela ne tient pas la route. Il faut bien distinguer travail, qui produit des valeurs sociales permettant de financer (par des cotisations ou autres) le revenu de ceux qui ont une autre activité ! Et il faut développer l’efficacité, par la formation, la recherche et l’investissement efficace.
Enfin, parmi les formations qui se réclament de la gauche, on continue à trouver la notion de flexi – sécurité : sous forme d’un « accompagnement sympa » des chômeurs… Par exemple chez EELV,
ou du côté du PS. L’idée, que l’on peut même retrouver parfois chez nous, est de travailler sur les reconversions en responsabilisant le service public de l’emploi… tout en prenant les licenciements pour une donnée et sans agir sur les entreprises. Mais même, une première version de proposition de loi (PPL), intitulée « garantie salaire-formation » nous avait été soumise qui allait tout à fait en ce sens : face à des licenciements, on met une allocation qui maintient le salaire pendant 2 ans, mais on ne maintient pas le contrat de travail, on accompagne par Pôle emploi avec de la
formation. Il est nécessaire d’améliorer les allocations chômage, mais cela ne suffit pas. Qu’est-ce qu’on fait s’il n’y a pas d’emploi au bout ? Il faut au contraire impliquer les entreprises, les responsabiliser dans la création d’emploi pour des productions efficaces et utiles dans les territoires, tout en mobilisant certes Pôle emploi. Des restructurations sont nécessaires, des évolutions profondes des productions, mais c’est au contraire en s’appuyant sur l’emploi et en faisant levier sur les entreprises pour un autre type d’investissement et de production qu’on en relèvera le défi. C’est d’ailleurs le sens des batailles en cours, que ce soit à Renault, à General Electric, à Alstom, à Air France ou ailleurs.
La SEF est un levier d’action sur les entreprises et les banques, pour qu’elles suivent une autre
logique que celle des marchés financiers et du taux de profit des capitaux. Cela veut dire qu’il faut assumer une forme de conflictualité. Certes, il ne s’agit pas d’entrer dans une logique de « tout ou rien », notamment avec les autres forces de gauche, mais de voir la nécessité d’une cohérence minimale et d’une certaine radicalité pour être au niveau des exigences objectives.
L’enjeu du débat à gauche, comme des luttes politiques ou sociales dans le pays c’est : mettre à l’appui de l’objectif social d’un emploi et d’un revenu sécurisé des moyens à la hauteur (argent, formation, services publics) et des pouvoirs adéquats exercés par des institutions nouvelles, notamment sur l’utilisation de l’argent par les entreprises et les banques (et par l’Etat employeur).
f- La logique économique profonde
La logique économique profonde, c’est celle de répondre au défi de la révolution informationnelle. A savoir le défi d’une nouvelle efficacité reposant prioritairement sur les capacités humaines, leur développement, la créativité, qui développent l’information par contraste avec la révolution industrielle où l’efficacité reposait sur le développement des machines ou équipements matériels. C’est pourquoi les choses doivent commencer à se retourner : l’emploi, les dépenses de qualification, de recherche, les services publics (porteurs de partage), doivent commencer à prédominer. Nos gouvernants ne veulent pas voir la révolution qui pousse avec la révolution informationnelle qui exige une révolution dans les rapports sociaux de production, de
circulation, de répartition du revenu, et de consommation.
Qu’est-ce qui empêche d’aller vers cette logique nouvelle ? C’est la domination du capital : sa logique, ses prélèvements (coût), ses pouvoirs.
g- Nouvelle régulation sociale et dépassement du marché du travail
Dépasser le marché du travail, de façon révolutionnaire, donc une abolition réussie, cela veut dire prendre son rôle, sa fonction au sérieux.
Son rôle, c’est d’organiser les mobilités. Et ceci pour permettre deux choses : la baisse des coûts
et la « redistribution » des activités, le changement des activités.
Mais il le fait de façon violente, en jetant les femmes et les hommes au chômage, en les traitant comme des marchandises, en cassant leurs capacités.
Dans une vision marxiste, c’est un progrès par rapport au féodalisme. C’est le progrès qu’apporte le capitalisme, à travers des crises. Mais les gâchis et souffrances prédominent très largement aujourd’hui. Il s’agit donc de dépasser le marché du travail, non pas avec un emploi fixe et rigide, mais avec cette sécurité d’emploi ou de formation, dans une mobilité maîtrisée, avec une sécurité de revenu, et en recherchant un progrès de l’emploi et du revenu.
L’idée, c’est qu’il faut conserver les femmes et les hommes, développer leurs capacités et leurs compétences, pas nécessairement conserver les structures si l’on doit s’en séparer. Le capitalisme fait presque l’inverse.
Dans la régulation capitaliste, le marché du travail joue de la façon la suivante, en régime normal.
S’il y a une baisse de la demande, alors
(1) on jette les gens au chômage, l’entreprise s’en sépare, ce qui diminue ses dépenses salariales
(2) on fait des investissements nouveaux, en machines, qui vont déjà tirer eux-mêmes la demande de fabrication de machines et ainsi soutenir l’activité
(3) on redémarre avec des productions nouvelles sur une base plus large et donc on ré-embauche, éventuellement de nouveaux arrivants. C’est ainsi que le capitalisme se développe et développe l’emploi, de crise en crise. De nos jours, bien sûr, cela ne marche que de façon limitée, voire pas du tout, car nous sommes en crise systémique.
Dans la nouvelle régulation que porterait la SEF, très liée à la révolution informationnelle, on aurait
les enchaînements suivants.
S’il y a une baisse de la demande, alors
(1) on diminue le travail et on met les gens en formation, mais ils gardent leur emploi et leur revenu
(2) cela induit une demande de services publics de formation qui soutient l’activité
(3) on engage des recherches, de la R&D et des concertations pour des productions nouvelles écologiques et sociales, et des investissements d’un type nouveau avec un contenu humain important (investissements immatériels de type reprogrammation des machines, etc.)
(4) on redémarre pour des productions nouvelles et les gens passent de la formation au travail, avec éventuellement des embauches nouvelles et de la RTT.
Avec la SEF, nous voulons organiser cela autrement que par le marché.
Remarquons que les services publics de formation, voire de recherche, jouent là un rôle fondamental : à la fois pour soutenir la demande, mais aussi pour améliorer l’offre.
« Je veux supprimer le RSA » : le communiste Fabien Roussel revendique « le parti pris du travail » dans un livre
Article Paru dans le journal l’opignion du 19 02 2025
Fabien Roussel est un maire heureux. Sèchement battu aux dernières législatives, le patron du PCF a pris goût à sa nouvelle routine depuis qu’il s’est installé à l’hôtel de ville de Saint-Amand-les-Eaux, fin janvier. Associations, commerçants, commissaire de police, proviseure du lycée… ce sont tous les acteurs de la vie locale de cette commune du Nord qui défilent dans son bureau. A mille lieues des calculs politiques qui occupent les chefs à plume parisiens. Les polémiques lancées par Jean-Luc Mélenchon ? La fin annoncée du NFP ? Fabien Roussel s’en fiche royalement.
Il préfère réfléchir à comment la gauche peut parler en dehors de ses bases, au-delà de ses maigres 28 % de juillet dernier. Le 24 avril, le leader communiste fait paraître un livre aux éditions du Cherche Midi qui risque de faire grand bruit à gauche. Son titre : « Le parti pris du travail ». Grand amateur de viandes rouges, le communiste n’aime rien moins que choquer le bourgeois… et l’écologiste Sandrine Rousseau. « Je veux supprimer le RSA », annonce-t-il tout de go, ce mardi 18 février, dans un restaurant du XIXe arrondissement.
Les plumitifs éberlués marquent l’arrêt. « Oui, je condamne cette France qui a assommé des générations entières à coups de RSA. Cela a permis à la droite de séparer les gens entre des travailleurs et des cassos », observe-t-il. Fabien Roussel veut au contraire « garantir à chacun un emploi ». Sinon, dit-il, « vous aurez des gens qui viendront vous voir en disant : pourquoi je me crève la paillasse à bosser pendant que mon voisin qui touche le RSA vit aussi bien que moi ? »
Face au mythe de l’assistanat généralisé, le Nordiste se propose de « créer les conditions de sortie du RSA » avec « une liberté de changer de travail, qui ne soit pas la flexibilité voulue par Macron ». « Quand tout est fait pour nous diviser en fonction de notre couleur de peau, de notre religion, de notre lieu d’habitation — urbains versus ruraux —, quand certains à gauche ne proposent rien d’autre que le chaos, le travail doit être le socle du rassemblement », théorise-t-il. Il veut réveiller la conscience de classe des commerçants, des artisans et des patrons de PME privés de la capacité d’emprunter. Comme un retour aux fondamentaux marxistes enrichi par les leçons d’une défaite face au Rassemblement national.








